vous avez quatre heures.

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La guerre est finie

19 avril 2014

Si ça a l’air évident, c’est que c’est réussi. Comme la blanquette et les baisers. Cet après-midi même si on s’en fout pour le reste de l’histoire, il faisait pas très beau, on aurait pu croire que c’était pas fait exprès mais je soupçonne que si. Je crois que finalement il s’agissait de se rappeler que le principal ça n’est pas qu’il FASSE beau, c’est que ça SOIT beau. Et c’était très beau. Vous devez absolument aller voir cette « balade » à la cité de la mode et du design, c’est pas loin, c’est le truc vert à côté de la gare d’Austerlitz. Franchement ça va. Le garçon qui a fait ça ressemble trait pour trait à son installation délicate. C’est si joli que ça donne envie d’être à demain, et même si demain il fait  pas beau. 

C’est lui, qui fait ça.

#enchanté

 

Le plus beau film

12 avril 2014

Ça commence la lumière tombe il fait doux presque sensuel sur l’écran c’est quoi déjà le film ah oui je le connais c’est fou je m’en lasse pas, la première image me saisit je connais ce film là, et puis ça monte je souris je ne sais plus lequel regarde l’autre, si c’est l’écran qui me raconte une histoire ou si c’est moi qu’il observe, on est là accrochés l’un à l’autre par le regard, le film est muet il n’a pas besoin de sous-titre, les sous-titres ont la bouche pleine de sourires et tout se raconte la haut, ça dure longtemps c’est en hauteur c’est plus au dessus que la terre l’intrigue est une pupille et nos quatre écrans se disent en Lumière que c’est là leur film préféré.
On a envie d’en parler mais il faudrait rater une image, il faudrait se concentrer sur le dialogue et on ne peut pas s’alourdir, on ne peut qu’ourdir une autre poésie déclamée tout en pupilles concentrées. Tout s’entremêle alors que nos bras sont loin croisés, il n’est pas besoin de toucher tout est en équation tout est en pensées, c’est une partie d’échecs où tout le monde gagne, une partie dont les combinaisons sont bien travaillées, c’est à l’aveugle qu’elle se joue et pourtant nos yeux sont si grands ouverts qu’on les dirait subjugués.

le plus beau film est celui de ton regard qui me raconte une histoire sans parler.

je sortais de 4 ans d’études et 10 ans d’école je suis rentré chez un horloger je lui ai dit vous avez du travail il m’a répondu monsieur sortez d’ici je n’ai rien pour vous alors j’attends de recevoir mes relevés de banque pour pouvoir retirer sinon zip ma carte plus de carte, oh la police, ils viennent me chercher, vous avez un tatouage, vous avez été déportée ? Non, et vous ? Oh non, moi j’ai été reporté ! J’ai toujours fréquenté des étoiles filantes c’est bien vous vous écoutez ce que j’ai à dire sans lire dans ma tête, les gens regardez pardon madame, je vous en prie passez, les gens ils écoutent plus ce qu’on à à leur dire, moi j’ai fait l’amour à tout le monde, des mono, des bis, des gays, des homosexuelles, en 2000, quand j’ai fait refaire mon studio, oh c’était rien, 45 m2, tous ces gens rue de la Paix ils sont tous millionnaires grâce à moi, c’est moi qui les ai fait travailler, un coup de plafond de toute façon c’était rien c’était du parquet, c’est une lesbienne qui l’a refait elle a mis un mois mais de toutes façons elle voulait des bébés, et puis c’est bourré d’hormones, elle prenait tous les matins son café au lait au whisky bar, et maintenant elle est dehors, elle boit plus, c’est joli votre noeud papillon monsieur, c’est pas un noeud papillon c’est deux cravates, ce côté là c’est la royauté l’autre c’est la mafia, moi quand je suis rentrée des portes du désert, papa est mort y’a trois ans et au cimetière c’est tout la même famille, Picasso, tout le monde c’est tout la même famille, quand j’ai demandé sa main à ma première fiancée j’avais 22 ans et mon siège pliant je l’ai fait refaire au tapissier, et y’a quelques temps je voulais le faire refaire par le petit fils du tapissier, il voulait me mettre du nylon, j’en ai pas fini de me foutre de sa gueule, du nylon ! Aujourd’hui tout le monde veut faire des bébés, y’a plein de génycos [sic] et plus personne pour le cancer, La tradition c’est du chanvre, moi quand j’étais petit j’ai vu les casques d’or, ma mère elle a fermé les fenêtres, et là, mon père était pompier, et vous savez pourquoi il a pas été décoré ? Parce que le feu brûlait, et il a ouvert et paf plus rien, alors moi je me bats pour que papa soit réhabilité, la tombe de mes parents, les deux, au cimetière, c’est tous les mêmes familles, et cette femme, oh je la connaissais bien, elle m’a dit André, non j’ai rien à vendre monsieur, elle m’a dit André, tu ne penses pas, tu ne fais que rêver, bon, si vous me trouvez du travail, je peux m’y mettre, je ne vis que d’amour et d’eau fraîche, regardez ces chaussures, ahaha c’est pas du travail ça l’ourlet, regardez, et puis il avait connu les deux guerres, c’est de la purée d’orties, vous m’avez même pas payé à boire mais vous voulez un café ? Non ! Un par jour seulement, bon allez, au revoir, si vous partez je m’en vais aussi.

le monsieur a dû être très beau, chemise élimée mais propre, ongles propres, alliance originale à gauche, cheveux coupés et rasage soigné, chaussures confortables et chaussettes blanches, une petite tâche sur le pantalon, dans son sac J’Adore Paris un siège pliant et donc en chanvre orange, d’autres sacs pliés correctement, pas d’adresse, des souvenirs du bazar à Hôtel de ville et à la question « comment vous vous appelez », réponse : « oh m’appelle pas, tu me siffles ».

(vêtements et contenu du sac analysés par Navie)

Elvis presling

7 avril 2014

je me rappelle quand je m’ennuyais ferme au rayon femme chez Intersport, je me rappelle qu’il y avait personne souvent le jeudi début d’aprèm ou le mardi matin, à part ce client qui attend l’ouverture à 8h57 parce qu’il ne veut pas rater sa paire de lunettes de piscine, il s’est dit la veille « demain matin à l’ouverture je vais chez Intersport et sa femme lui a dit pour quoi faire alors il a répondu comme si c’était une évidence bah pour racheter mes lunettes de piscine et elle a pas enchéri alors il a continué de réfléchir à la stratégie qui l’emmènerait jusqu’à la devanture à 8h57 pour pas être en retard. Alors que nous pendant ce temps de l’autre côté on finissait le fond du café, quand ça commence à être plus sucré que le dessus en regardant le mec qui faisait genre « nan j’attends pas dehors » alors que bon, mon pote on est dans une ZAC il est 8h57 évidemment que tu nous attends, ça va assume quoi.
On rigolait parce qu’on savait qu’il fallait qu’on rigole, on allait passer encore une journée dans cet endroit, pas l’enfer hein non rien à voir, mais une unité commerciale physique dans une ZAC, bon voilà c’est pas l’endroit le plus assujetti à une érection qu’on ait connu, voilà on était entre nous, on savait qu’on ferait un peu de surface, un peu de réserve, pour défaire les colis, les compter, les biper, hop sur cintres, hop un portant, hop par taille et hop en rayon et retour surface avec les raques tristes et la musique qui passait en boucle écriis l’histoiiii a a a re, dans ma mémoiiiii a a are, mais n’écris jaaaaamaaais laaaa fin », et ce genre de trucs qui te rendent fou ou aveugle si tu as le malheur de trop les écouter contre ton gré.
du coup pour pas devenir zinzins, on tournait on parlait avec les copains des autres rayons, le vélo, le tennis, le mec de l’escalade il se la racontait un peu alors on parlait pas trop avec lui, Céline qui était souvent à la natation et Valérie que je croisais toujours à plier des trucs mais c’est parce que c’était une mère elle était habituée à ranger.
Et puis à des moments j’en pouvais plus j’avais l’impression que j’allais exploser d’inactivité cérébrale, les clients au mieux ils venaient acheter des vêtements détente pour l’été « sur le bateau », quelle bande de bâtards je me disais alors, mais avec du recul je les trouve mignons parce que pour eux aussi c’était complètement ouf de prononcer les mots détente et bateau dans la même phrase, les pauvres ils devaient se putain de saigner toute l’année pour une semaine sur un voilier à quai.

bref tout ça pour dire que demain on tourne quelque chose qu’on a écrit avec nos petites mains et que si je devais dire au moi d’Intersport, hey, Minette, dans 7 ans tu auras écrit ça et demain une équipe entière aura écrit dans des agendas « tournage », eh ben le moi d’Intersport aurait dû s’asseoir 1 minute sur des bancs du magasin et finir par dire « je le savais, je le savais mais je suis vraiment très fière, et j’ai hâte ».
Merci

8h45 :
-ouais et tu vois, là le mec me dit « oh non, 50 euros les deux ça fait pas cher quand même, neufs il valent 2500 enfin tu vois, mec… » et là je lui réponds bah ouais mais t’as même pas les plaques d’origine, moi qui me dis que c’est pas des volées les jantes ! J’ai eu raison non ?!

-ouais chéri, t’es le plus fort
– bon… t’as besoin de quelque chose ? Faut que j’aille bosser je vais être en retard.
– non.. ah si, si tu trouves des branchages en rentrant, j’ai hyper mal dormi j’en voudrais pour sous l’aile gauche.
-okay
– eh ! toi ! Viens par là… t’as pas oublié quelque chose
-oh ! (bécot)
-bonne journée !

conversation entendue entre deux oiseaux ce matin rue des Pyrénées
[edit : on me demande de prouver la véracité des faits, alors je précise : c’étaient deux rouge-gorges]

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neg’marroning

27 mars 2014

Hier soir c’était ma dernière à la comédie des trois bornes.
#sapinlejourogrelanuit #comédiedestroisbornes #onewomanshow #oceanerosemarie #sophiemarielarrouy
note : tu peux lancer la chanson un peu plus bas pour lire la suite, ça sera joli.
Je suis pas trop du genre à faire des bilans et tous ces machins, mais je crois bien que là faut pas déconner quand même ça serait pas poli de faire comme si ça avait été une étape qui passe inaperçue.
#etape #inaperçue #tourdefrance #voiturebalai
J’ai pas chialé parce que c’est pas le genre de la maison, enfin si j’ai chialé mais pas au bon moment, juste après, quand j’ai jeté la fin de ma 8-6 #8-6 #Bavaria #teasing et que c’était la dernière fois que je le faisais ici. #ici #quoi ?
pendant cette année, mon seul travail fixe c’était de monter sur scène, quel que soit l’état dans lequel je me trouvais. En gueule de bois, encore saoul ou quart suicide, avec le coeur brisé ou celui-la même chantant, avec ou sans public, avec ou sans réaction, quand il faisait trop chaud, ou alors trop froid, je pouvais tourner autour du pot autant que je voulais, tant que je montais sur scène pour faire le petit métier, comme j’ai décidé de le prénommer ce cher enfant.

Je me rappelle être arrivée chez Océane #rosemarie, avec mon texte encore chaud du four du matin, en lui disant sans respirer je peux pas je vais pas y arriver le texte est nul j’ai tout réécrit de toute façon je suis pas comédienne et puis personne viendra à part mes copains donc ce qu’on peut faire c’est plutôt aller casser une graine viens on le fait pas de toute façon toi t’as pas le temps donc mieux vaut que tu le perdes pas, moi je suis pas fiable tout le monde le sait bien, et puis j’ai dit que le texte était nul et que j’avais tout réécrit ah oui je l’ai dit. Et elle de s’asseoir, de me regarder, de m’écouter finir mais ça n’a pas duré longtemps parce que si vous avez bien lu vous aurez notifié que j’ai fait tout sans respirer. Elle m’a dit tu veux pas plutôt un thé, ça a été le début de la blague du thé fumé qui sent la saucisse, tu veux un thé fumé non ça sent la saucisse je voudrais celui avec du riz dedans même si franchement je trouve ça dommage qu’on puisse pas manger le riz en même temps, ce qui a été le début d’une autre blague qui marche toujours constituée d’une imitation des gens qui mangent le contenu de leur verre en le mâchant avant de l’avaler.
Après que je me sois assise, elle m’a dit non, nous allons travailler, et c’est ce que nous avons fait. Beaucoup d’un coup, avec patience et carnets elle a pris un nombre de notes incalculables, plus ci, moins ça, low play, ressens ce que tu dis, rappelle toi de l’enjeu, pense à ce que ça te fait de vivre ça, tout un tas de trucs que je m’imaginais pas du tout et qui ont fait que la première fois que je suis montée sur scène là-bas, j’étais pas traqueuse parce que j’avais pas le temps : j’étais concentrée. Et puis les mercredis ont passé, et puis on a réfléchi, avec la précieuse aide de Murielle Magellan qui, comme un gentleman du déménagement, (c’est la #metteure #en #scène #d’#oceanerosemarie) nous a dit ouais c’est pas mal, ouais… Mais en fait ça pourrait vraiment être beaucoup mieux. Alors on a pris les meubles et on a tout poussé pour mettre le canapé plutôt là la table contre le mur les tableaux un peu plus haut et l’enjeu vissé à la sincérité.
Alors on a refait des sandwiches et on est reparties, Océane toujours avec ses carnets et puis moi qui continuais à appeler le petit métier le petit métier.
Et puis c’était l’été on était à Veneux sur la terrasse, on chillait mais pas tant parce que c’était sous couvert qu’il n’y que quand tu travailles pas que tu travailles, un spectacle c’est de la patience et du travail mais pas comme celui qu’on croit, il faut répéter oui bien sûr mais surtout je crois qu’il faut partir du principe qu’une fois qu’on commence à jouer un spectacle on est de garde auprès de lui, à son chevet tout le temps, 24 sur 7, qu’il faut distinguer ses caprices et dire non et entendre aussi son instinct, alors c’est ce qui s’est passé, j’ai joué joué joué, des fois j’ai pas joué parce qu’il faisait trop froid et que les gens venaient pas, et j’avais hâte que ça devienne cette note de blog et donc un souvenir parce que sur le coup c’était pas drôle à vivre. Remballer son décor et son ego, je plie ma guirlande parce que personne ne s’est déplacé, et le seul truc qu’il me reste à faire c’est rentrer chez moi beaucoup trop tôt, fermer ma gueule et éventuellement me mettre une caisse en priant Jay-Z pour que demain soir on ait une liste longue comme le bras qui se pointe à 20h. C’est ça qui est fou avec la scène : un jour tu pleures et le lendemain tu vois Jésus pendant une heure, les gens rigolent y’en a même qui ont des fou rires et qui te propulsent tout la haut et puis le lendemain encore ils sont 7 dans la salle et ils te font un public comme jamais t’as connu.
Pendant cette année, j’avais des réguliers, qui sont venus 3, 4, 5 fois et qui voyaient le petit métier évoluer, ils riaient pas aux mêmes endroits que la fois précédente parce qu’ils captaient un autre truc, pendant cette année j’ai bu beaucoup de bière et mangé beaucoup de planches mixtes après, pour débriefer et redescendre, j’ai vu beaucoup de paires d’yeux me dire « je m’attendais pas à ça », et moi j’étais toujours surprise et fière, parce que je pars pas du tout du principe que c’est gagné. Avant chaque représentation, moi j’étais avec ma robe à fleurs et mes brodequins derrière le rideau, à me poser les questions suivantes « est ce que tu aimes les gens » et à réfléchir VRAIMENT parce que je répondais pas « oui » à chaque fois, alors si c’était non je re-réfléchissais, longtemps parfois presque 40 secondes, et je finissais toujours par dire « mais si… évidemment » parce qu’entre temps j’avais trouvé une raison de les aimer, la question d’après c’était « est ce que tu te kiffes, est ce que tu es ta propre chérie », et là bon je réfléchissais plus longtemps parce que c’est moins évident, mais petit à petit j’arrivais à dire « oh oui ! » et je vous jure que c’est pas un truc facile de se dire à soi qu’on se kiffe. Ensuite je regardais quel genre d’énergie y’avait dans la salle dont les rideaux étaient en train de s’ouvrir, j’ai changé le début pour ne pas faire une entrée mais commencer directement sur scène comme pour annoncer « ceci est MA salle, vous arrivez chez MOi vous êtes MES invités ». Et puis comme y’a des soirs où j’arrivais pas du tout à répondre oui à la question, non je me kiffe pas, ça me rendait si triste que j’avais les yeux brillants au moment du noir salle comme on dit, je vous jure c’est pas un truc pour faire l’intéressante je chialais vraiment parce que c’est chiant de pas se kiffer. Et là… Et là c’est souvent dans ces moments que je voyais Jésus, que les gens qui étaient venus me donnaient la confiance parce que je m’appliquais vraiment pour leur faire un joli dessin et du coup ils applaudissaient et c’est grâce à eux que j’arrivais à dire « Oh Oui ! »

et puis hier soir…
je me rendais pas bien compte que c’était ma dernière. Pour des raisons très joyeuses j’avais pas dormi la veille, et la journée avait été très chargée parce qu’on avait beaucoup de travail Navie et moi, je n’avais qu’une seule idée en tête, faire-une-sieste-avant-de-jouer. Je me suis donc jetée dans mon lit presque encore avec mon casque de scooter sur la tête, j’ai laissé dix minutes en suspens et je me suis dirigée, même chemin, à gauche, hop, au monoprix, à droite, à gauche, encore à gauche, lumière du théâtre allumée, je frappe, Jérôme m’ouvre, on se fait chacun une blague pourrie, je regarde la liste, c’est plein à fucking craquer, ce qui veut dire en langage des trois bornes 46 personnes, non c’est pas beaucoup, oui ça demande du travail, oui ça veut dire que des gens ont écrit dans leur agenda « sapin le jour ogre la nuit » ou « théâtre » à ce soir là, et moi ça me fait plaisir.
J’attends derrière le rideau, après m’être maquillée, j’ai l’impression d’avoir changé de tête en un an, je repense au pire soir, cet été, où j’avais 15 secondes de retard sur mes émotions pendant une heure, ce qui fait prendre pas mal de retard in fine, et puis ça y est ça s’ouvre, les gens applaudissent. Avant que je commence. Je sais que les copains sont là. Je les vois au premier rang, ils applaudissent parce qu’ils SAVENT. (ça y est je chiale maintenant). Il y a Sofia, qui a été ma colocataire pendant cette année de spectacle, qui sait quand je rentrais trop tôt et que je m’asseyais sans rien dire dans notre canapé rouge, ou la même situation quand je rentrais à une heure qui voulait dire que j’avais pu jouer, et elle qui n’a jamais manqué la question « c’était bien ? » Mon petit mari. Qui a vu qui j’invitais et pourquoi durant toute cette année, qui m’a soutenue et servi du vin pour fêter ça.
il y aussi les Cioffi, cette armée de bienveillance qui n’a JAMAIS douté et m’ont portée dans leurs bras toujours, quelque soit le temps et l’heure. Je me rappelle de la première fois que j’ai interprété le spectacle, chez moi, devant Raph, il était tard on était saouls et je crois bien que je m’en rappellerai comme d’un souvenir vif toute ma vie. Evidemment il y avait mon Océan, la femme de ma vie et ses carnets qu’elle avait abandonnés hier soir. Pour simplement regarder, pour la première fois en un an. Nine et ses amies, et puis d’autres, que je remercie pour leur présence hier et toute cette année.
Et puis évidemment comme c’est une dernière on a le droit, comme on regarde un film le dernier jour de classe en CM2, alors les copains du premier rang m’ont fait des surprises, tout le long du spectacle, comme lorsqu’ils ont tous ouvert une canette de 8-6 au moment où moi j’entamais la mienne. 1 « schlik », le mien, puis 5 « schliks », les leurs, en même temps.
C’est maintenant que je chiale parce que j’ai eu ma première standing ovation de 46 personnes, et moi les standing ça m’a toujours fait chialer, comme les ola dans les stades où les manifs, y’a trop d’énergie d’un coup et à chaque fois que j’ai joué en première partie d’Océane, pour qui les standing sont d’ordre commun, je me levais moi aussi en fond de salle et je pleurais comme une vieille madeleine en disant « bah oui ! Bah bien sûr ! Oh je suis fière ! Oh je suis fière » avec les gens debout à côté de moi qui devaient se dire dites donc elle est bien crâmée la protégée de la Lesbienne invisible.
J’ai eu des fleurs
j’ai eu des coeurs
on a entendu une de mes chansons préférées, celle là

on a bu du champagne et on a zoné
et puis je suis rentrée épuisée, et là, je me rends compte qu’hier soir, c’était ma dernière aux trois bornes.
quelle merveilleuse soirée
merci à tous.
j’ai hâte qu’on vive mille aventures encore.
photo (1)

Ce matin en me réveillant je sortais de deux cauchemars, le premier au coeur duquel j’avais une place importante alors que j’essayais de me faire discrète puisque j’étais prise en otage dans un avion et le mec avait décidé que je serais sa meuf, une sorte de terroriste et j’ai fait comme si ‘ouais pas de problème, je te trouve super alors j’allais te le proposer’, jusqu’à ce que je sorte de l’avion et que je profite d’une longue file d’otages pour m’éclipser pendant que mon nouveau mari signait un autographe. Je me suis faufilée jusqu’à une cachette sous une dalle de l’aéroport, y’avait un mec avec moi, un ouvrier, et d’abord je voulais faire connaissance puisqu’on allait passer un peu de temps ensemble, avant de me raviser parce que j’ai vu Homeland et que souvent les gens qui ne sont pas importants dans l’histoire on les tue alors je me suis dit ma minette sois maligne, ne fais pas ami ça risque d’être trop dur ensuite. Il me disait « there is no place like home there is no place like home en se balançant, et moi je lui disait hey mon pote tu peux la boucler ? Je vais me faire repérer et ça sera plus dur pour moi de m’échapper une deuxième fois », alors il s’est tu mais il s’est tellement tu que quelqu’un a rescellé la dalle et en gros, j’étais emmurée vivante, à l’ancienne quoi.
Le deuxième cauchemar avait pour trame la cuisine de ma grand mère, elle prenait un café au lait comme d’hab en mangeant une petite tartine de fromage, elle appuyait le fromage comme j’aime bien qu’on fasse pour que ça tombe pas, j’aime bien la regarder faire ça, mais j’étais importunée par deux anciennes amies qui disaient du mal à la même table, et pareil je leur préconise de fermer leur bouche en disant encore une fois « hey, c’est possible que vous la boucliez ? » Et à ce moment, par le rideau de la cuisine qui donne sur la cour on entend une sorte de chant strident et apparaissent en ombre deux meufs agêées, qui volaient à 4cm du sol, et il nous a pas fallu 1 seconde pour comprendre que c’était pas extrêmement bon signe, même Mamy qui a 90 ans a pas pris le temps de finir sa tartine appuyée de fromage, moi je sais pas trop je me suis réveillée au moment de fermer le verrou de la porte de la cuisine.
Il était donc 6h38 et impossible de me rendormir, heureusement y’a Charline qui co-anime le 5-7 qui m’a rincée avec cette belle phrase :
« les négationnistes sont des gens dotés d’Alzheimer et passionnés d’histoire.  »
je me suis levée en me demandant quel genre de signes c’était, ces rêves mais je me méfie du dictionnaire des rêves j’y allais tout le temps avant en me réveillant total je passais ma journée les yeux plissés en scrutant les gens qui avaient peuplé mes rêves de tsunami sur l’autoroute ou de guerre civiles de mouettes armées de UZI.
Alors en ouvrant mes rideaux, j’ai fait une demande écrite dans ma tête à ce que je considère être le Dieu de la journée en lui disant mon pote, je voudrais bien que tu me donnes au moins deux belles images à raconter parce que je commence des phrases sur mon blog depuis un mois que je finis jamais et ça commence à me faire siffler la tassimo.
Ni une ni huit, le Dieu de la journée m’a fait descendre au café dans lequel nous avons nos habitudes pour travailler, je m’assieds, Navie me rejoint et le Dieu de la journée nous envoie le coursier, qui s’adresse à nous à peu près en ces mots :
bonjour, (il avait un pull jaune), est ce que vous auriez (il portait dans sa main un petit pain de beurre, ceux qu’on nous donne pour les petits déjeuners dans les brasseries) une cigarette pour aller avec mon beurre ?( il avait aussi des tongs et les cheveux jaunes) et puis il a pris ma clope et il s’est barré, mais comme j’avais fait une deuxième commande, ni une ni vingt et un, une autre meuf (aux cheveux jaunes elle aussi) (mais elle sans tong mais des bottes et une sacoche d’ordi), nous repère, je riais encore du mec qui s’éloignait en léchant sa fin de beurre à même le papier, « bonjour eh bonjour », elle nous lance, vous auriez une cigarette ? Elle l’a demandé comme n’importe quelle requête mais elle était à moitié morte de rire, je vous jure un peu plus et elle me disait « non parce que c’est le Dieu de la journée qui m’envoie, moi je fume pas mais il m’a juste dit « t’as quelque chose là ? Si t’as rien dans les dix minutes j’ai une figu parlée pour toi, c’est avec la meuf là bas, celle qui rit avec sa copine à la terrasse ». Je vous jure elle était à ça de me le raconter, elle l’a pas fait elle a juste ajouté comme si elle se rappelait que dans le texte y manquait un truc, « oh, et vous auriez un euro je dois photocopier mon cv » et moi je riais je riais parce que j’étais contente de pouvoir bosser en équipe avec le Dieu de la journée, ohlala c’est agréable d’être entendue. Donc bon voilà fin de l’histoire sauf que non, la meuf se casse hors champ dans la même direction que le mec jaune + jaune, et elle REVIENT, à la manière d’un d’Artagnan : « eh bonjour ! Vous n’auriez pas 50 centimes ? » (RUNNING GAG ORGANISE PAR LE DIEU DE LA JOURNEE)
Non mais sérieusement, la vie est bien gaulée certains matins, je suis de bonne humeur je pourrais écouter Reggiani en rigolant.

Ca dépend. Des fois j’ai rien à ajouter. J’ai l’impression que tout a été dit, que de toutes façons j’ai tout compris c’est pas qu’on me la fait pas, c’est juste que j’ai pas envie qu’on me la fasse. C’est juste que ça va, laissez-moi je la connais l’histoire, je la connais bien, on attend on est surpris on sursaute sans que ça se voie, et puis on sourit, et puis on attend encore un peu et puis on fait pas de stratégie, et puis une bonne surprise, et puis ça commence, le mieux c’est l’annonce, et puis ellipse, et puis on se retrouve dans la rue et y’a le nous de juste avant qui nous tape sur l’épaule en disant « ah bah quand même ! Ah bah t’es triste ? Bah ouais mais bon, qu’est ce que tu veux aussi, c’est pas comme si c’était la première fois, c’est pas comme si t’avais pas fait ta belle en faisant semblant de pas voir que j’étais là, tu t’es pas occupée de moi pendant combien de temps ? Un an ? Deux ? Trois ? Putain 4 ! Et c’est toi qui est vener et il faut encore parler de toi ? Bah nan là je peux te dire que je vais rattraper tout ce que tu m’as oublié, je vais parler de moi je vais me mettre bien en face de toi pendant un long moment ma belle, attends toi à plonger dans ton propre corps le temps que j’en ai envie, en fait non, le temps que toi t’en auras pas envie ».
On passe donc du père au mari à soi même, on passe donc de comme si on savait pas que le gouvernement avait décidé d’engager une guerre à sur le champ de bataille direct propulsée au milieu des sifflantes, évidemment sans aucun fusil ni même un ptit couteau, juste avec un putain de poids mort qui est l’autre nous à tirer comme un sale gros boulet qui sert à rien et qui fait que chouiner parce que soi disant c’était mieux avant. Ouais soi disant. Soi disant que l’attente c’est cool, soi disant que la jalousie c’est génial, soi disant que mon cul surtout ouais, je crois plutôt que soi disant la mémoire cette sale pute nous file à moudre que des trucs doux, par exemple si on aime la lasagne on se rappelle du goût de la lasagne, mais les choux de bruxelles comme c’est pas bon on n’a pas envie de s’en rappeler, vous voyez c’est pour ça que je précise que c’est pas qu’on me la fait pas, c’est juste que j’ai pas envie qu’on me la fasse.
Alors il faut un sacré putain de courage et un sacré putain de sang froid pour aller à la guerre, sans même avoir signé sans même être payé et en sachant très bien qu’on peut s’asseoir bien confort sur une pension d’invalidité qui n’arrivera jamais après tous ces efforts fournis afin de pas se capoter dans un fossé bien doux bien moelleux qui demande qu’à nous accueillir.
J’ai 4 souvenirs de ma propre déchéance, enfin ce que j’appelle comme ça pour une meilleure compréhension, je pourrais l’appeler délivrance demain ou j’aurais pu dire consécration de lucidité hier, j’ai le souvenir d’avoir appelé Raphael pour qu’il vienne dormir avec moi, j’ai le souvenir que j’ai rencontré un gars deux secondes après que j’ai utilisé comme un gilet pare balles mais je saurais plus bien dire comment il s’appelle je sais juste que lui aussi il était au -5 de son propre parking, j’ai souvenir que si j’avais pas eu d’amis à ce moment là mon fossé je le connaîtrais par coeur et j’ai un souvenir très récent puisqu’il date d’hier, de me dire « je crois qu’il faut faire confiance à ce qui nous arrive ».
C’est très bien d’avoir des flashs, des bons et des mauvais. De toutes mes grandes histoires j’en ai quelques uns, je sais bien qu’ils servent à rien mais au moins ça prouve que j’ai pas Alzheimer, et puis comme j’ai pas bien envie qu’on me la fasse pour le reste j’essaie de pas trop m’engueuler avec la meuf que j’ai rencontré et qui m’a tapé sur l’épaule quand je marchais hagarde dans la rue.
Sinon c’est trop long et de toutes façons, on sait très bien que la vie c’est une sorte d’activité géante, on fait que s’occuper, on passe le temps comme on peut.