Avignon 2015, 80 % de travail, 20 % d’Avignon

21 juillet 2015

3ème Avignon en touriste, avec pour seule préoccupation est ce que je mets un soutif ou pas. Avignon est un sacerdoce pour les comédiens. Un séminaire.

Jouer une deux, trois pièces par jour, 15% des spectateurs qui sont là parce que le bouche à oreille leur a dit que la clim fonctionnait bien dans cette salle, 30% de programme établi sur Excel, les plus exigeants, 40 % de téléphone arabe dont 10 qui sortiront consternés parce qu’ils « s’attendaient vraiment pas à ça » et 15% de vrais curieux dont 5 de comédiens, qui comprennent l’accouchement qui se joue encore, et encore, et encore, de « bonjour bienvenue éteignez vos téléphones » à « merci d’être venus, on a deux pièces à vous conseiller, bon festival »

Avignon c’est commander un os à moelle sans savoir à l’avance si on aime ou pas, c’est au coeur de la chair que ça se fait.

T’es logé où ? Ca va tu tiens le coup, tu remplis, tu tractes, tu joues où à la rentrée, vous avez perdu de l’argent, tu penses que c’est ton dernier, voilà les marroniers. Quand Chazal lance son sujet au journal, elle dit pour la chaleur et que cette année encore plus de mille spectacles dans le off, et que 157000 visiteurs pour cette nouvelle édition. Elle dit pas pour le point de rencontre aux Corps saints, le QG de celles et ceux qui ont fini leur journée, et s’étaient promis de se coucher tôt en regardant inquiets les 2h11 affichés sur l’écran de leur portable.

Elle dit pas l’émotion de voir des standings à la fin de la pièce, elle dit pas pour Chatons Violents, pour Chagrin d’amour, pour la liste de mes envies, pour toutes ces pièces où y’a forcément un moment où tu ris sans pouvoir t’en empêcher et un autre où tu pleures sans trop savoir pourquoi. C’est trop beau. C’est trop sincère. Vous vouliez vous ancrer dans la réalité ? Ecoutez les parler, tous ceux qui jouent. Ils galèrent de ouf. C’est des urgentistes pendant trois semaines. Eux ils le connaissent leur métier, en revanche, qui va arriver et dans quel état, ça, impossible de le savoir. Alors ils attendent et ils font leur job. C’est ingrat de jouer, c’est un enfant. Des fois sans toi il est rien, il le dit, et puis le lendemain ils se barre sans dire merci sans dire à quelle heure il rentre. Donc en l’attendant, les épaules roses et les pommettes qui suent, les parents tractent, racolent, sourient aux badauds qui ont mis des chaussures confort et déambulent dans les rues piétonnes avec les pieds vers l’extérieur, comme on fait quand on est dans le dur des vacances. J’adore ce que vous faites, les applaudissements dans la rue, les fanfares, les affiches de ma concierge est frapadingue se cotoient, dans une ville dont l’objectif est pendant trois semaines de vous rendre la vie plus mignonne.

Alors évidemment il suffit de deux heures intramuros pour avoir envie d’extramurer les mecs au bout de leur vie qui te refilent sans entrain des flyers pourlingues en 60 grammes pour te vendre un spectacle que t’iras jamais voir parce que le type a prononcé le mot clown dans son pitch. Mais Avignon, quand t’oublies deux secondes le cynisme de Babylon, tu vois que c’est aussi, surtout, principalement, je sais pas lequel choisir, zoner avec les potes, traîner dans le château qu’aura loué Audrey Vernon la duchesse de la cité pendant tout le mois de juillet, l’entendre dire que c’est son dernier même si ton le monde sait qu’elle ment, et voir naître des spectacles dans la tête des gens qui joueront l’année prochaine InchAllah, complets trois jour à l’avance MachAllah.

et pourtant, je rejette tout ce qui tourne autour du concept de pantalon mou, mais j’aime de plus en plus ce festival de bonne volonté.

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