29 juin 2012

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La dame du Monoprix

28 juin 2012

C’est à dire qu’il y a une caissière au monoprix, elle casserait pas trois pattes à un canard. Elle doit avoir fait trop la caissière parce qu’elle est toute rabougrie comme un matelas gonflable sur lequel on se serait assis alors qu’il était pas assez gonflé. Elle a gardé la forme de son siège sauf tout le temps, elle n’est pas très loquace et fait partie des rares qui ne demandent pas « vous avez votre carte de fidélité ? » je crois que c’est parce qu’elle en a assez de cette question, je la comprends. Au dessus de ses cils à droite elle a une sorte de petite plume de cil blanche qu’on aurait envie de lui enlever ou de lui dire « vous avez une plume », sauf que c’est juste un cil plus gros qui est tout blanc et de toute façon elle a des lunettes de la sécu, pas des machins comme nous qu’il faut payer en trois chèques tellement c’est cher, bref elle est pas très portée sur son apparence ni sur les soutiens-gorges.
Cette dame là, je me disais toujours qu’elle devait avoir connu Mamouth et Suma et Atac et pleins d’autres caisses sans bouger de son siège, les enseignes ont dû passer sur elle et elle jamais bougé jamais malade, jamais arrête.

Et puis cet après-midi, j’allais chercher du coca light parce qu’il fait trop chaud, et je tombe sur la grève à Monoprix. Des gens devant le magasin, des gens avec des drapeaux CGT qui savent pas bien quoi en faire mais ils doivent avoir un leader qui parle simplement et donc considéré comme efficace, alors ils ont suivi Jean Pi quand il a dit « ça peut plus durer allez demain : la grève. » Je monte au premier chercher mon truc, et je les vois gaillards qui montent aussi, une dizaine de grévistes en file indienne, mi-sourire et même pas gênés (je serais gênée de faire la grève je sais pas pourquoi) qui défilent dans les rayons. Une dame me tend un tract avec les revendications, m’espique que ça peut plus durer à cause de la chef qui fait le harcèlement et qu’ils veulent des horaires aménagés avec leur vie privée, je comprends moi qui travaille depuis chez moi j’aimerais pas qu’une chef avec des lunettes gucci et un carré plongeant méché me dise que j’ai 4 minutes 30 de pause avec un sourire de pute.

Je comprenais son histoire et je tourne la tête, je vois qui ? La dame du monoprix foutue comme un matelas gonflable mal gonflé, fière comme une pin up en maillot de faire la grève. Je vous jure j’ai pleuré. J’aurais bien voulu lui dire que je la suivais depuis longtemps et que « j’adore ce que vous faites », mais j’ai pas osé, je l’ai juste regarder défiler dans le rayon de la lessive, parce que vous vous rendez pas compte mais les caissières elles parcourent jamais leur propre magasin, elles voient le rayon lessive de loin et connaissent le code la batavia par coeur à force, mais pour les promenades c’est mort. Alors j’étais trop fière d’elle et je me suis rappelée de l’autre jour quand elle mangeait des m&m’s en douce en passant mes articles : j’aurais dû me douter que ça sentait la révolte. Bravo Madame, vous avez eu raison de pas vous laisser faire par la chef qui a des lunettes gucci avec plein de diamants.