C’est ce qu’on se disait avec Colette ce matin, Colette c’était notre hôte à Angoulême, spécialiste de la salade langoustine et de la mousse à la fraise mais pas en même temps hein faut pas déconner.
Comme j’étais la première des 30 couverts à arriver et que Colette et Jeannot partent en retraite, on a pris cinq minutes pour faire le point avant qu’ils ne servent leur dernier repas. C’est comme s’ils n’en revenaient pas que j’aie moins de 30 ans et que pour autant, je les remercie à ce point d’avoir pris soin de nous et que leur bavette était vraiment super. J’ai pris Jeannot à parti en lui disant qu’on m’avait vendu l’endroit qu’ils tenaient AVANT de me vendre le festival de la ville éponyme du nom de la ville, et qu’on avait eu raison parce que quand même, la veille on a ri pendant cinq heures d’affilée, chose qu’on aurait pas pu faire dans un endroit Fusion ou bien au Mac Donald’s, donc merci blablabla. Et puis là, Colette qui prenait un apéro champagne a posé sa coupette, ouvert la bouche un peu longtemps avant de parler, et a fini par lâcher dans une semi larme qu’elle était soulagée de savoir qu’on était derrière pour rappeler le patrimoine aux trains suivants, le patrimoine étant bien sûr linguistique, culturel, étant aussi utiliser des mots tels que « crystaliser » en faisant semblant que ça coule de source de le placer là, mais SURTOUT le filet mignon feuilleté, la bavette, la terrine, putain, la France quoi ! Vous vous imaginez bien qu’en tant qu’anti branchés j’ai expliqué avec les mains en avant qu’on donnerait notre sang pour que ça reste, je sais que j’en fais beaucoup mais je prends conscience qu’on doit pas rigoler avec ça. Des personnes se sont cassés le cul pour trouver la recette du pot au feu, et nous on dîne de Schoko Fresh, il faut pas déconner.
Jeannot ne pouvant pas avoir les joues plus rouges que ce qu’il ne possédait déjà a manifesté son accord avec ma sentence énoncée dans le titre en frisottant de la moustache, puis je crois qu’il allait chialer alors il a dit « Bon, c’est pas tout ça, je vais me mettre en cuisine moi ». Avant de taper sur la table avec le plat de la main. Je suis allée m’asseoir, j’ai bu un café avant de manger et les autres sont arrivés.

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Jamais vu quelqu’un prendre des mesures avec une telle conscience professionnelle. C’est « ma faute », comme c’est la faute « des filles qui allument les garçons », et qui après s’étonnent « de se faire un peu tripoter ». C’est ma faute parce que je sortais de chez moi comme si j’avais dû évacuer à 3H du matin, sans rien pour me soutenir le haut du corps si tu vois ce que je veux dire, mais bon quand même. Le mec était content que je me radine dans sa boutique, je le sais parce qu’il m’attend depuis que je me suis installée dans le quartier. Chaque fois que je rentre il me dit « bonjoul », chaque fois que je sors il a envie de me dire « viens je te fais visiter ma boutique de 2m2″.
Bon, là je lui apporte une chemise en jean’s trop grande mais qui a un potentiel certain. Alors radieux il me montre un cockpit dans lequel je peux me changer, oh il ferme les rideaux mais pour la forme parce que de toute façon, c’est chez lui, il aurait pu faire un micro glory hole pour téma que j’en aurais rien su. Bref, je passe ma chemise, il met les épingles et tout, et puis il paraît qu’il me demande de me tourner (je comprends pas sa langue on dirait du français passé au blender avec du lait) et c’est là qu’il a dû se dire « putain, je t’ai attendu le cul meuf, cette fois ci je vais te mesurer, oh oui je vais te mesurer ».
Premières mesures, épaules, dos, poitrine, sous poitrine, ventres, hanches (pour une chemise hein…), ok, admettons. PUIS, le père de Slumdog Milli se met à trifouiller ma côte style « y’a bien quelque chose à mesure là dedans, je vais trouver j’en suis sûr ». Je le laisse faire parce que qu’est ce que j’allais faire, je suis pas brodeuse, je n’ai que mon instinct pour me faire penser que ce genre de mesures n’est pas nécessaire pour faire trois pinces dans une chemise en jean’s un peu western.
Il m’a mesuré dans l’ordre, de la sous-côte flottante au sein, ensuite il m’a MESURE LE BZEZ, de droite à gauche et de haut en bas, wow, qu’est ce qu’il avait comme projet il voulait me le racheter ou quoi ? Surtout que je lui ai pas dit, il aurait pu croire que je validais l’entreprise, mais j’ai pas la même taille, disons comme tout le monde quoi, des deux côtés de la colonne, donc je vois pas L’INTERET. Heureusement, j’ai pas tant de problèmes que ça à ce qu’un Paki (ce récit est de plus en plus raciste, il était hindou, maintenant paki, je vais finir par l’appeler Gandhi vous croyez ?) me trimoune l’appareil respiratoire, j’veux dire, s’il avait commencé à enlever sa ceinture j’aurais su lui dire « monsieur, vous allez trop loin » un peu trop fort, comme quand on parle à quelqu’un qui paraît étranger et duquel on se sent supérieur (quelle horreur, le Front National va vouloir mettre des bandeaux de pubs sur mon blog, qu’est ce que je dis ???).
Enfin bref, ensuite j’ai été chez mon esthéticienne pour me faire un maillot intégral et me rassurer un peu sur les choses de la vie. Mais mon salaud, tu m’as bien pelotée quand même…
Vous pensez que si je lui donne à refaire mes boutons de manchette il va me mesurer l’entre-cuisse ou ça va aller ?…

Merci Nancy. Ca fait des millions de saisons que je cherche une excuse à la cuvette nancéenne sans succès. A chaque correspondance, je traîne mon couteau dans la gare, à la recherche d’un mobile pour faire la paix avec cette pute de ville où il fait toujours nuit.
Et tu sais comment c’est, c’est toujours quand on s’y attend pas, etc. Ce matin, une heure d’attente à la gare, j’allais trimballer au Printemps en face de la station, en me disant comme d’habitude qu’a l’époque, que putain, que le tournage (Bye Bye Blondie qui s’est fait sans moi), bon je faisais ma soupe quoi, rien d’extraordinaire. Et puis le Printemps fermé (dimanche matin, fallait pas rêver non plus), obligée d’apprendre une leçon dans un magazine « Hors Série Libération, les excentriques du XXème siècle », bon, admettons. Je me poste dans une des salles d’attente parce qu’il y avait un mec saoul, la meilleure décision de l’heure qui suit, tu vas comprendre…

« Ferme ta gueule salope… »
C’est par ça qu’on a fait les présentations, enfin pas encore très distinctement puisque je me trouvais encore dans le monde de ceux qui choisissent le casque antibruit©, mais j’entendais bien que le mec avait des choses à raconter, y’avait un passif, il buvait pas par branlardise. Bon, alors j’ai enlevé la fonction anti-bruit© pour m’intéresser à son actu, fermé mon magazine parce que Boy George a un wikipedia, c’est pas dans la minute que j’avais besoin de savoir par quoi il avait été transformé en reine des Bitches. Mon voisin saoul, lui, c’était maintenant ou jamais.
Je regards en face de moi, en me disant que j’aurais dû me mettre en face de lui ç’aurait été plus pratique pour engager une relation TCT (très court terme). Là ça allait être ferrugineux, déjà que les gens autour ont pas capté pourquoi j’enlevais mon casque alors qu’un clodo complètement beurré beuglait des insanités à deux sièges de moi. Mais les mecs, vous avez choisi le monde anti-bruit©, je veux dire, vous ne voulez pas comprendre. Moi si. Dis-moi tout mec, je suis à toi pour les 20 prochaines minutes, donne-moi ton histoire, j’en prendrai soin, sur la tête des gosses.

16 juin 1984, Clermont Ferrand.

Tu vas dire que je me la raconte mais ça va, je saurai t’en donner pour ton argent, j’ai aiguillé son énergie vers moi pour qu’il me donne d’autres informations que « Ferme ta gueule, salope, t’es tellement conne que… Ferme ta gueule, SALOPE ! Ca venait pas, mais tant mieux, elle est là la vraie vie, ce mec qui buvait pas par branlardise commençait des phrases dont chaque mot aurait pu faire l’ouverture d’un putain de film, et finissait inlassablement (pardon Haydée, j’utilise un adverbe) par « Bon… et… j’suis clodo… Putain ». Au Forceps, sa story je la ferais sortir au forceps, je l’encourageais en me mettant dans sa direction, vas-y, file-moi quelque chose, juste un petit quelque chose, s’teuplaît…
« Je viens de Pau moi monsieur, 14 ans… Ferme ta gueule Salope… J’suis un para moi madame, Ouiiiii madame (doigt en l’air en mode Don Camillo), et on a morflé, putain qu’on en a chié ». Ca venait. Je me disais « cherche pas, cherche pas à construire, prends ce qu’il te dit, tu verras ensuite ». Le mec s’arrête, boit un coup, croise les jambes, se penche en avant, il attend deux secondes, avant de se mettre à rigoler. J’te parle du rire du gros de Full métal Jacket hein, pas du rire d’Arthur pendant l’enregistrement des Enfants de la télé. Il aurait rigolé qu’il aurait pleuré que ça aurait été pareil*. Putain on est dans la vraie vie, on est à Nancy, dimanche matin sous la pluie, celle même pas froide, pas franche, dont il faut se méfier. Mais pourquoi tu bois mon pote ? C’est la somme de toutes les choses ou bien y’a une petite la dessous ?…
*syntaxe libre, cherche pas.

Ma femme, ma deuxième femme, Monica. Monica Bellucci.

Putain, elle est là la clé. Tout ça à cause d’une meuf ? Sérieux Eric ? (Oui, il a décliné son blase entre temps mais j’ellipse sinon je vais te perdre). « Ferme ta geule, salope… SALOPE ! » Tout ce travail, arriver à Nancy alors que t’as encore un tupperware d’accent du sud au fond de la gorge, devenir clodo et tout, à cause d’une pute avec un coeur trop ptit ? Le mec devait avoir 50 ans. Manquait des dents ça et là, chaussures de sécu, mains pas trop sales mais les yeux pour 25 ans en prison avec des centaines d’autres de sûreté, tout ça à cause d’une Monica ? Qui l’avait tellement rendu dingue qu’il continuait à l’entendre à l’intérieur (évidemment, d’où le ferme ta gueule salope, toutes les 35 secondes). Quand je voyais les gros dans leur monde anti-bruit autour, ceux qui s’étaient préservés, et cet oiseau de passage qui s’était krashé à cause d’un feu d’artifice, j’avais envie de lui léguer des trucs. Comme j’avais rien d’autre que mon hors série Libé, asceptisé comme la piaule d’un enfant lune à côté de la vie de ce mec, j’ai attendu qu’il réclame un truc, mais c’est pas facile avec ces types là, ils te regardent avec l’air de te demander le chemin pour derrière les nuages, et puis si tu leur donnes une clope ils t’engueulent et la cassent en deux…


« Eh mon pote, t’as pas une cibiche ? »

… Une… CIBICHE !… Putain, j’allais pas rater ça. Evidemment le gamin en Sketchers assis en face de mon nouvel ami Eric a dit non, a dit je fume pas, a dit désolé, ta gueule mon grand, laisse les adultes parler. Attends Eric, attends panique pas, je vais t’en donner des clopes. Il m’avait rien demandé personnellement et pourtant j’ouvrais mon sac tranquille, style je sors le doudou du gosse, c’est normal. « Et toi ma belle, t’as pas une clope ? » Sans le regarder je dis Ouais, alors rassuré il continue sa story avec le chaland potentiel, en entament une histoire prenant place devant une discothèque avec comme personnages principaux lui, sa bouteille plus vide que la cave de Josef Fritzl après descente des flics, et… Rocco Sifredi. « Un gamin super sympa, 38 ans maintenant, et la Jeannine, ma mère la pauvre,… »
Je suis débile, là j’ai tendu 3 Marlboro Light mais j’aurais dû attendre la fin de sa phrase, peut être la première qu’il aurait fini autrement que par « Mais bon… je suis clodo… Putain ». Mais moi non, l’enfant impatiente de faire plaisir j’ai pas pu me retenir juste dix secondes évidemment quand il a vu mon bouquet de tiges il s’est arrêté cash en disant « woooow ! Ma belle c’est jour de fête » et moi je pouvais m’asseoir sur Rocco et Jeanine. Chié.

Conclus meuf, les gens sont partis.
Ok, donc Eric prend les clopes en chancellant, se rassied, s’en fourre une dans le bec à l’envers (c’est débile mais les gens qui mettent leur clope à l’envers dans leur bouche c’est pour un moi un gag intemporellement drôle). « Du feu, donne-moi du feu ma belle ». Bah j’en n’ai pas, enfin si mais je suis une meuf = j’ai un sac de meuf= No way, je fouille pas ça va prendre 12 minutes.
je le contrarie en n’ayant pas de feu, il annonce donc sa ponctuation habituelle, comme d’autres se raclent la gorge ou tousottent, « Ta gueule, salope », se relève, arrache le filtre de sa clope parce que merde on n’est pas des pédés il a dû se dire, « ancien para style », se rapproche de moi distance sociale pas beaucoup, les gens nous guettent, mais que va-t-il faire, devrons nous être témoins de l’agression ? Oh non, on va être dérangés ! Vraiment ces oiseaux de passage, ils seraient mieux en prison ! … « Tu me fais chier t’as pas de feu ? « Non, j’ai pas de feu, mais je te souhaite une pute de belle journée, mec. Et je suis partie en ayant conscience que de si je remettais la fonction Anti bruit© de mon casque, c’était pas pour longtemps, juste pour voir comment ça faisait.
En m’éloignant, j’ai entendu « Casse-toi, salope ».
J’ai toujours eu un faible pour ce qui n’était pas facile.

j’ai fait un rêve que je raconterai pas ici, j’étais dans un local de radio, si petit et si sombre qu’on aurait pu être aveugle que de toute façon ça n’aurait rien changé, on devait y arriver par un minuscule jardin qui était plutôt une allée, et sur le mur bordant cette entrée on pouvait lire un graffiti où il était écrit « You can fight body but not soul » en rouge comme pour dire « tu vois ça, eh ben prends-le comme si ça avait été écrit avec une putain d’entraille meuf ». Bon et y’avait une petite fontaine, et moi j’aime les fontaines déjà parce qu’il ne faut jamais dire leur nom mais aussi parce que j’aime les fontaines, les ruelles en pente et les damiers, bon c’est comme ça. En arrivant, y’avait des mecs sympas qui me disaient « ah SML, viens entre, prends un casque et dis ce que tu veux, il est 20h et on te fait confiance ». Et moi j’avais envie de leur dire « mais pourquoi vous me faites particulièrement confiance à 20H ? » parce j’aurais aimé comprendre je veux dire, c’était peut être une information dont j’aurais pu avoir besoin et là, je vois « On air » et toi et moi l’histoire on la connaît, « On air » ça veut dire tu laisses tes questions à la maison et tu mets la machine en route, pour les affaires personnelles on verra plus tard.
Je me retrouve d’un coup dans la rue, avec deux personnes mais je sais pas qui c’est, mais c’est quelqu’un qui doit aimer que je lui pose des questions parce que je me rappelle très distinctement lui avoir demandé « mais tu penses qu’un jour j’arrêterai d’avoir soif ? » Et là le type se lance dans une explication, je sens que je vais vraiment comprendre cette histoire de soiffardise parce que c’est chiant n’empêche j’ai tout le temps si soif enfin bref, il s’interrompt pour faire remarquer qu’il y a un groupuscule de roms qui nous suivent genre à 20m, moi j’m’en fous la rue est pas à mon père, ce que je lui fais remarquer en le pressant d’étancher ma question concernant justement la soif, ce qu’il ne peut définitivement pas faire puisque va savoir comment deux jeunes filles d’obédience des Balkans si tu vois ce que je veux dire, se mettent à côté de moi en tendant la main pour que je leur file je sais même pas quoi, je leur dis « j’ai pas d’eau, moi aussi je galère » et elles se jettent sur moi pour me prendre mes pinces de cheveux, je me dis mais elles sont débiles ces deux là ça s’achète au kilo passage de l’industrie, faut vraiment être absurdement connes pour me pécho mes pinces alors que j’ai un iphone dans la main, je leur aurais donné avec un vrai plaisir si elles avaient su se faire comprendre en termes de gestes ou d’idiome, n’importe lequel.
(Je mets un point si tu veux faire chauffer de l’eau ou bien répondre au téléphone c’est le moment.)
Bon ok elles me chourent mon matériel capillaire très bien mais quand même je suis contrariée, alors je lâche mes deux comparses en abandonnant en même temps la perspective de régler cette histoire de soif, pour me lancer à la poursuite des voleuses de pinces, si c’est pas malheureux franchement d’en arriver là pour une douzaine de pinces à chignon…
Et là, on est toutes les trois à avoir l’air vraiment bonnes à manger parce qu’alors que je les rattrape, figurez-vous qu’on s’arrête pas de courir, on court côte à côte après quoi on ne sait pas, mais le but de l’opération ne semble plus être de régler un différend d’accessoires mais d’aller le plus loin possible toutes les trois sur la même ligne.
Et là il a été 4h45. Alors je m’ai levée.