Je vais bien finir par la raconter cette histoire

3 juin 2010

Je voulais déjà le faire après Shutter Island, parce que moi les histoires où tu crois que t’es là mais en fait c’est dans ta tête, ça a tendance à m’angoisser. Ouais même j’ai peur des fois que ça se passe comme ça : je serais dans le métro, debout parce bon ça arrive, et puis loin y’aurait un type qui fait peur, un type qui pourrait jouer dans Fringe tu vois. Et donc le type me sourirait genre trop pour que ça soit honnête, mais pas un sourire à la je vais te pécho, nan plutôt je sais un truc que toi tu sais pas. Il pousserait les franciliens de la rame comme quelqu’un que la mère a pas engueulé quand il marchait sur les pieds des gens et il arriverait vers moi pour me dire : « ce que tu vis, tu le vis pas, c’est dans ta tête. C’est pas arrivé, on n’est pas là ».
Et là c’est comme une cascade d’eau sauf en pensées dans ma tête, et je me dis qu’est ce qui est vrai, qu’est ce que je vis, qui est vrai, est ce que Jojo est vrai ? Quand j’ai dit ça, je l’ai vécu ou pas ? Et là on arrive à l’histoire que je voulais raconter après Shutter Island.

Flashback, Autoroute, Nancy, 2005.
y’a quelques années on était en voiture avec Najoua, direction Nancy sur la voie rapide et on discutait de trucs un peu compliqués, style pourquoi on est là, c’est quoi le Dasein etc. fin, tu vois chaud quoi. (Naj avait fait genre 1000 années de philo, c’était la meuf en mode MaisOuEstDoncOrNiCar un peu, bref). Je conduisais en tchatchant, et puis on a dépassé un camion dont le putain de chauffeur a choisi CE moment précis pour s’endormir. Il a fait une sacrée embardée vers la voie que NOUS on empruntait, franchement il nous a frôlé ouah j’te dis pas on n’a même pas paniqué, on avait juste les yeux tous ronds et les dents serrées style fin du monde on va clamser tu vois. Je sais pas par quel miracle le mec se rétablit et nous permet de rester en vie, enfin c’est ce que je croyais jusqu’à ce que genre 10 secondes de silence plus tard, Najoua se tourne vers moi et reprenne la conversation en disant, super grave : « Imagine qu’on l’aie percuté. Imagine que là, tout ce qu’on vit, on le vit pas. On sait pas, peut être qu’on est là, encastrés dans la glissière centrale (t’as vu BG le champ lexical de l’autoroute ou pas ??) et que c’est juste notre esprit qui a continué à avancer; Tout ça, là, le tableau de bord (elle le touche, je la regarde faire), tout ça,
c’est
peut-être
juste
notre
imagination.

Sanka ? T’es mort man ?
Ouah ! J’ai senti un putain de frisson en étain me parcourir, tu vois l’étain quand tu le fonds ça coule, mais ça reste d’aspect super métallique. Bah voilà, j’ai senti ça dedans, alors j’ai regardé sans parler dans le rétroviseur, et comme je nous ai pas vues encastrées dans la glissière centrale j’ai estimé que non, on n’était pas mortes.
On n’en a jamais reparlé, mais depuis, c’est souvent que je me pose la question. Et après Shutter Island, encore plus fort, et après hier soir, ça revient. Ouais hier soir je regardais Lost et j’en suis au moment où Hurley voit son ami qui est dans sa tête (oui enfin bon, je spoile sur 15 minutes alors calmez vous). Et là, ça ravive le truc.
Qu’est ce qu’on vit, qu’est ce qu’on rêve ?
(Ca me fait penser que j’ai failli remourir sur la même route cet hiver, percutée contre la barrière centrale après un tête à queue. Je devrais peut-être prendre « par les chemins »…)
On a chacun ses peurs, moi y’a ça, et un autre truc que je peux pas dire ça me fait trop peur encore plus que ça. Vous voyez ce que je veux dire ou pas ? Vous avez peur de trucs vous ?

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4 Réponses to “Je vais bien finir par la raconter cette histoire”

  1. Spinaltab said

    Eh oui. Ça m’arrive très souvent, surtout le soir, après une journée à bosser seule dans mon bureau. Soudain, je me dis que je suis peut-être effectivement seule, que rien n’existe autour de moi, et que ce que je vis dehors est entièrement le fruit de mon imagination. Et là je me vois dans quelques années, errant une canette à la main, prise dans un flot continu de paroles incompréhensibles (en fait, comme maintenant mais en plus déglinguée rapport à l’âge) que je dégueulerais sur les passants, persuadée que de toute façon ils n’existent pas et que donc ça leur fait ni chaud ni froid que je les maudisse à voix haute sur 4 générations.

  2. mariemartinejackson said

    J’aime ton optimisme d’anthologie.

  3. Spinaltab said

    Tu rigoles ? Je me suis vachement améliorée, pourtant. En fait, j’avance actuellement vers une forme légère de stoïcisme, et à horizon de 15 ans, je serai devenue plus optimiste encore qu’un jeune bisounours shooté à l’oxygène.

  4. Oscar Peterson said

    Definitely et ça depuis tout petit, c’est de penser que des tas de caméras suivent mes moindres gestes et aussi que chaque personne qui m’entoure est en réalité un comédien(ne).
    Que tout serait normé selon les désirs d’un groupe puissant et mal intentionné(façon THE GAME ou TRUMAN SHOW). Je serai un  »human tester »! Le bad !
    Salutations distinguish et un gros merci sincère pour tes billets d’humeur! ))

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